L’intrigue se déroule au début du XXᵉ siècle, dans un village isolé, marqué par deux tragédies : un meurtre et la disparition mystérieuse d’une jeune fille nommée Kirsten. Un an plus tard, un jeune pasteur danois, Sebastian Ribe, accompagné d’un montagnard expérimenté, Reidar Skåren, se lance sur ses traces à travers une nature sauvage et inhospitalière.
Dès les premières pages, le roman impose une atmosphère pesante, presque hypnotique. L’auteur décrit avec une précision glaçante l’immensité des montagnes, où chaque détail devient une menace potentielle. Les cairns, ces petits amas de pierres servant de repères sur les sentiers, prennent ici une dimension symbolique forte : ils sont la frontière fragile entre la sécurité et la perdition.
Ce qui frappe avant tout, c’est l’écriture de Baldysz. Sobre, dépouillée, mais d’une rare intensité. En à peine 128 pages, il parvient à créer un récit d’une profondeur remarquable, où chaque silence et chaque paysage semblent en dire plus que les dialogues eux-mêmes. C’est un roman qui joue beaucoup sur l’implicite, laissant au lecteur le soin de combler les vides et d’interpréter les non-dits.
Au-delà de l’aventure, Cairns est une véritable réflexion sur la condition humaine face à la nature et à l’inconnu. À mesure que Ribe et Skåren avancent, la question se pose : cherchent-ils vraiment Kirsten, ou sont-ils en quête de quelque chose de plus profond, une vérité sur eux-mêmes ? Le voyage devient une forme d’épreuve existentielle, où la foi du pasteur se heurte aux réalités brutales de l’environnement qui l’entoure.